Réalisateur : Henri-Georges Clouzot

Scénario, Adaptation & Dialogue : Henri Georges Clouzot, Jérôme Géronimi, Simone Drieu, Christiane Rochefort, Véra Clouzot

Acteurs Principaux : Brigitte Bardot, Sami Frey, Charles Vanel, Paul Meurisse

Genre : Drame Sortie : 1960

Ayant droit : Sony Columbia

L’histoire : Premier jour de procès pour Dominique Marceau qu’une bonne-sœur réveille dans sa cellule. Ses avocats l’on habillé le plus sobrement possible mais « elle est difficile à enlaidir » et les jurés ont tous une tête à l’en punir. La liturgie judiciaire démarre sous le regard inquiet de Dominique tandis que les journalistes présents échangent leur pronostique appliqué aux deux ténors du barreau qui vont s’affronter dans le prétoir.

De fait, Dominique a été découverte inanimée chez son amant Gilbert Tellier après l’avoir tué. Elle avait ouvert le gaz pour se suicider.

Le président de la Cour d’Assise procède à l’interrogatoire de l’accusée. La conduite délurée de Dominique est mise en avant, comme sa lecture de Beauvoir, ses tenues vestimentaires, son inaptitude à suivre ses études, alors qu’avec sa sœur Annie, elle vivait encore chez leurs parents à Rennes.

Annie, « Madame parfaite », tout son contraire, avait été admise au conservatoire de musique de Paris. Dominique avala du Véronal. Comédie n’ayant d’autre but que d’exhorter les parents à la laisser partir avec sa sœur ! suppose le Président des Assises. 

Dans la petite chambre qu’elles partagent à La Chapelle, Dominique s’ennuie pendant qu’Annie travaille son violon. Alors elle sort, et ses promenades l’entraînent vers Saint-Germain des Prés à la rencontre « d’une jeunesse oisive aux mœurs dissolue », dixit le Président. Elle découche pour la piaule d’un de ses potes du quartier. Mais un après-midi qu’elle est seule à la Chapelle, écoutant du Mambo nue sous ses draps, Gilbert fait irruption. Il est un ami de sa sœur, élève lui aussi du Conservatoire, futur chef d’orchestre. Annie est furieuse, Dominique quitte la Chapelle et s’installe à Saint-Germain avec ses potes dans un petit hôtel. Gilbert ne tarde pas à la débusquer, déjà fou de désir pour elle. Déterminé à la séduire, il revient plusieurs fois, se montre conciliant avec les copains de Dominique, quinze jours durant. Elle lui échappe sur une moto. Gilbert l’attend toute la nuit devant son hôtel et ce n’est qu’au petit matin qu’elle réapparaît. La ténacité de Gilbert va payer car à partir de ce matin-là, un amour passionné unit Dominique et Gilbert pour le plus grand désarroi d’Annie, qui aimait Gilbert en secret. Très vite, Gilbert parle de mariage mais Dominique n’est pas enthousiaste et au bout de deux mois, les premières frictions apparaissent 

La jalousie de Gilbert se révèle violente. Il la frappe. La logeuse de Gilbert est appelée comme témoin à la barre. La fidélité de Dominique fait débat ainsi que la sincérité de l’amour de Gilbert dont la démonstration ne résiste pas aux interrogatoires menés par l’avocat de la défense.

Le job de Dominique au Spoutnik, une boite de nuit à la mode, déplaît à Gilbert qui soupçonne à tort une liaison avec le patron, Ludo. Ce dernier témoigne en faveur de Dominique à la barre et défend son honneur, mais se retrouve sévèrement mis à mal par l’avocat général.

De fait, les soupçons infondés de Gilbert sur une prétendue liaison de Dominique avec Ludo provoquent la rupture. Dominique sombre dans la dépression, elle quitte le spoutnik, passe ses journées au lit, vend ses vêtements et finit à la rue. Les dépressifs ne sont pas attirants, même ses copains l’évitent ; pas envie de l’héberger. C’est un touriste américain qui lui sauve la mise, lui laissant son pied-à-terre parisien quand il repart. Mais son père décède accidentellement six mois après ; la revoilà à Rennes avec sa mère et sa sœur Annie qui lui apprend qu’elle va se marier avec Gilbert. Le coup est durement porté. Rentrée à Paris, Dominique plonge un peu plus dans la dépression. Le temps passe sans remède mais une nuit, après avoir été témoin de la première émission de Gilbert dirigeant son orchestre dans la vitrine d’un marchand de télé, Dominique se précipite chez lui, ce que l’avocat des parties civiles analyse comme une vengeance de Dominique contre sa sœur qu’elle déteste, là où l’avocat de la défense consacre l’amour infini de Dominique pour Gilbert.

Dominique réveille Gilbert, se jette à ses pieds :

Il la possède goulument mais lui signifie son congé dès le lendemain matin, prenant soin de l’accroupir en passant avec elle devant la loge de la concierge. Elle manque de se faire écraser par l’autobus devant chez lui tant elle est dévastée. Cette nuit passée chez Gilbert fait débat dans le prétoire. C’est un point de gagné pour la défense de Dominique grâce au rapport du chauffeur de bus et à l’interrogatoire de la concierge.

Le témoignage d’Annie est fatal à Dominique qui perd totalement son contrôle devant les accusations de sa sœur. Elle est évacuée de la salle d’audience.

Préméditation ou pas ? Telle est la question cruciale et déterminante de la culpabilité de Dominique. La thèse de la défense, vérité en l’occurrence, est qu’après s’être procuré un pistolet dans l’intention de se suicider, elle s’est rendue chez Gilbert dans un état de confusion extrême, a menacé Gilbert de se tuer mais devant le défi de tirer qu’il a osé lui lancer, devant les paroles insupportables qu’il a prononcé, dans un mouvement de colère et de panique, elle a tiré sur lui au point de ne plus garder une balle pour elle.  

L’interrogatoire du médecin légiste est l’occasion pour l’avocat de la partie civile de se déchaîner. Six balles dont plusieurs quand Gilbert était à terre, signe d’un acharnement. Sa démonstration est magistrale : Dominique a préméditée son geste. Se faisant, il déclenche alors chez elle une crise de désespoir qui fera clôturer la séance, une allocution de larmes et de rage où Dominique renvoie l’assemblée à son insensibilité, sa méconnaissance de l’amour et de la douleur.              

La nuit qui suit, Dominique brise son petit miroir dans sa cellule et s’ouvre les veines. Elle succombe dans la matinée alors que le Président de la cour d’assise donne lecture de la lettre qu’elle a laissée.

L’action de la justice est éteinte. L’accusée, poussée à toute extrémité par les systèmes, incomprise, traînée dans la boue par l’avocat de la partie civile, n’empêchera pas celui-ci d’être consolé confraternellement par son confrère de la défense.

REVUE DE PRESSE

Clouzot Interview de Yvonne Baby pour Le Monde – le 3 novembre 1960, avant la sortie :

« Son personnage (BB) m’intéressait. J’ai cherché une histoire, un roman pour elle que je n’ai pas
trouvé. Enfin je me suis souvenu de ma vieille idée et j’ai pensé que le sujet pouvait peut-être lui
convenir. Il y a sept ans, j’ai eu envie de raconter l’histoire d’un procès parce j’ai été choqué, au
sens chirurgical du terme, par la façon dont on rendait la justice dans les causes criminelles. Ainsi
par exemple, un accusé de 65 ans voit-il se résumer sa vie en une heure. Comment peut-on
atteindre alors la vérité ? J’ai voulu montrer cette ambiguïté constante de la vérité et les éclairages
différents qu’on peut donner à un même évènement…

La justice n’est pas faite pour apprécier les
sentiments. Par exemple, un type vient témoigner. Il raconte ce qu’il a vu d’intéressant. Trois scènes
de ménage en un mois chez les voisins. Il dit : « ce ménage était continuellement en bagarre. ». Il
oublie les 27 autres jours où il ne se passait rien pour ses oreilles. Dans le film, c’est la même chose.
Dominique Marceau a trompé son amant une fois et on ne parle que de ça. Elle devient une fille
perdue. Ce que je veux dire, c’est que tout le monde dit la vérité, mais que ce n’est jamais la
même… Brigitte se trouve confrontée à des hommes de cinquante ans ; ils jugent en elle le
comportement quotidien d’une génération qu’ils ne connaissent pas.

En travaillant, je me suis senti
proche surtout des jeunes. C’est une question d’ordre sentimental !… Dès notre première rencontre,
j’ai vu que Brigitte Bardot avait de la bonne volonté et qu’elle se laisserait diriger. Entre nous, il s’est
établi un contact immédiat…. Je peux dire de Brigitte Bardot qu’elle est sûrement une actrice
dramatique ? Elle a fait jour après jours des progrès fantastiques. Elle a compris qu’on ne peut
exprimer plus que qu’on ne ressent.On oublie souvent ceci : ce qu’on exprime ne doit jamais être
supérieur à l’émotion mais, à une nuance près, en deçà »

CONTEXTE DU FILM

Le 11 janvier 1960, l’évènement majeur mondialement relayé est la naissance de Nicolas Charrier, fruit de l’union de Brigitte Bardot et de Jacques Charrier. Quoique ce dernier y est opposé, Brigitte Bardot rejoint bien vite les studios de Joinville où l’attend "Clouzot Le terrible" et le tournage de La Vérité.
Clouzot est amer et inquiet de l’incompréhension rencontré par son dernier film : « Les Espions » (1957), métaphore kafkaïenne d’une vieille Europe des alliées dépassée, reléguée au second plan par les russes et les américains, incarnée par une maison de Maisons-Laffitte délabrée, soumise à la domination des deux camps, et où le propriétaire autochtone se débat pour comprendre pourquoi il est leur jouet.
Depuis l’échec des Espions, Clouzot éponge les dettes de sa maison de production Vera Films et cherche un sujet. Mais cette fois-ci, l’actrice précède le scénario. En effet, l’heureux,producteur de Et Dieu créa la femme et de Babette s’en va-t-en guerre (le film où BB rencontra Jacques Charrier) propose à Clouzot de faire tourner sa Star. Voilà une belle commande sans risque financier pour Clouzot puisque Levy produit.

Pour une fois, ce n’est pas dans les romans que Clouzot trouve son sujet mais dans l’idée qui avait germé en lui en 1953 avec l’affaire Pauline

Dubuisson, seule femme en France contre laquelle aété requise la peine de mort pour un crime passionnel, condamnée à perpétuité, puis relâchéepour bonne conduite en 1959.Clouzot demande à Me. Simone Drieu, collaboratricedu célébrissime Me. Fleuriot, grand ami de Clouzot,de travailler avec lui au scénario. Or, Fleuriot, quiplaideà Draguignan dans le procès de Clotilde Seggiaro, dite « Clo » – une quinquagénaire retrouvée ligotéedans son hôtel, son coffre-fort pillé par son jeune et bel amant – lui offre l’occasion de se familiariseraux problèmes posés par son scénario compte tenu des similitudes matérielles que présente ce casavec l’affaire Dubuisson.Devenu chroniqueur judiciaire de cette affaire pour Jour de France, Clouzot narre pour le journall’atmosphère de l’audience, ses mots, son public, qu’il fixera ensuite en images dans La Vérité.